Le groupement a la tristesse de vous faire part du décès, le 5 avril 2026 à l'âge de 91 ans, du général de gendarmerie Jean CONRIÉ, qui avait terminé sa carrière comme commandant de la légion de gendarmerie nationale du Languedoc.
La cérémonie des obsèques religieuses s’est déroulée le 13 avril en l'église Saint Esprit de Montpellier.
Éloge du général Jean CONRIÉ
par le GCA (2s) Michel ALAUX
le 13 avril 2026 en l’église Saint Esprit de Montpellier
(lecture faite par le GCA 2s Christophe MÉTAIS)
Mon cher Jean, nous nous connaissons depuis plus de 45 ans. C’était en janvier 1979, j’étais affecté à la DGGN. Jeune officier, avec épouse et deux bambins nous avions quitté la belle ville d’Avignon pour retrouver, nous les provinciaux, les joyeusetés de la capitale. Beaucoup d’éléments communs faisaient écho dans nos deux familles. Nous sommes tous originaires du Languedoc et plus particulièrement de l’Aude, du Tarn ou du Gard. Tu avais 10 ans de plus que moi, Anne-Marie avait 10 ans de plus que Rosy et Anne-Laure, votre fille, a 10 ans de plus que notre fils ainé. Tous les deux nous avons usé nos pantalons sur les bancs de la même Ecole Militaire Préparatoire Technique à Tulle. Tous les deux après l’ESM de St-Cyr, nous avons fait pour l’essentiel une carrière professionnelle en Gendarmerie. J’ai la faiblesse de penser que, ceci expliquant cela, avec Anne-Marie, vous nous avez grand ouvert vos bras et votre cœur et ainsi merveilleusement accueillis. Merci à tous les deux.
Jean Conrié a été admis à l’EMPT de Tulle en 1948 alors qu’il n’a que 13 ans, il y étudiera jusqu’en classe de terminale avant de rejoindre le Prytanée militaire de La Flèche en classe préparatoire à l’Ecole Spéciale Militaire de St-Cyr. Il y intègrera au sein de la promotion Général Laperrine. Jean était reconnaissant d’avoir vécu au sein de ces écoles, éminemment formatrices, souvent dans des conditions de vie et d’éducation particulièrement spartiates et frustres. Il y a cultivé l’amitié, la solidarité et le service de la France. Dans les rassemblements d’anciens de ces écoles d’enfants de troupe, il y retrouvait une communauté de vie et de pensée où il se sentait bien, non par confort ou conformisme, mais par conviction profonde à un idéal de vie et à un engagement personnel. Jean prononçait il y a deux ans « le discours de l’ancien » lors de la commémoration du 2 S, c’est-à-dire du rassemblement annuel des saint-cyriens. Il nous y narrait avec humour les tribulations de sa promotion.
Jean fera une carrière militaire essentiellement en Gendarmerie. Il y commandera la Cie de GD de Digne, le Groupement du Gard et la Légion de Gendarmerie du Languedoc-Roussillon mais aussi dirigera l’EM de la Légion de Gie de Corse à Ajaccio et servira à la DGGN. Il terminera sa carrière à Montpellier au grade de Général de brigade, décoré de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite.
Pour rappeler quelques traits de son caractère, j’évoquerai deux souvenirs :
- L’un au cours de son passage à la DGGN où il occupait le poste de chef du Bureau Circulation Routière. Il participait régulièrement à des réunions interministérielles au cours desquelles, confronté à de jeunes énarques et autres personnes issues des cabinets ministériels qu’il appelait « les petits marquis des cabinets », on y débattait et discutait des projets de décrets et autres sujets de politique gouvernementale en matière de sécurité routière. Jean y développait ses arguments avec une grande énergie et une conviction farouche. Alliant diplomatie et certitudes, jouant de son côté enjôleur et de celui d’un flanker 3ième ligne de rugby, il était connu pour être un redoutable débatteur et un leader dans les idées nouvelles à promouvoir. Il y a remarquablement réussi.
- L’autre moment vécu avec lui était en 1990. Il commandait la légion de Gendarmerie de LR à Montpellier et lors d’un contrôle de nuit, les gendarmes recevaient des tirs de fusil sur la commune de St Laurent-des-Arbres (Gard). Le lendemain à la première heure, il se rendait sur place pour rencontrer les personnels impliqués et leur témoigner tout son soutien. Dans la foulée, le matin même, il rencontrait le préfet du Gard et le Procureur de la République pour expliquer la situation et convenir d’une position commune. Oui, c’était un homme de convictions et d’action. Je ne lui connais pas de moments où il a fui ses responsabilités. Il les prenait avec courage et les assumait pleinement. Il y mettait tout son cœur et avait en retour la pleine adhésion et la compréhension de ses subordonnés.
Dernier point, nous lui connaissions ses convictions profondes et son engagement en politique lors d’élections municipales à Montpellier, avec d’autres ici présents, face à ce que d’aucuns estimaient être « un monument local ». Cela ne nous a guère étonnés. Sa force de caractère, son énergie, ses talents de débatteur, sa fidélité dans ses convictions ont été à cette occasion salués. Georges Frêche s’en est souvenu et lui a témoigné son estime et sa compassion dans les moments familiaux douloureux qu’il a par la suite traversés.
Merci, Jean, pour ce que tu nous as donné, pour l’image et l’exemple qui furent les tiens, pour les valeurs que, je le sais, tu as transmises par ton exemple et ta force de caractère à Anne-Laure et tes petits-enfants. C’est à eux maintenant de poursuivre le sillon que tu as tracé. En notre nom, je leur présente, à Josiane et ta grande famille, nos affectueuses condoléances avec une pensée particulière bien sûr pour Anne-Marie.
Bonne chance Jean sur un chemin nouveau, celui sur lequel Dieu t’a appelé et où, le moment venu, nous te suivrons. À Dieu Jean.