Nous avons la tristesse de vous faire part du décès du colonel Jean CARLIER (promotion Vercors, 1960-1962), le 9 mars 2026, à l’âge de 88 ans.
La cérémonie religieuse s’est déroulée le 13 mars en l'église Saint-Gilles de Saint-Gély-du-Fesc.
Hommage à Jean CARLIER,
église Saint-Gilles de Saint-Gély-du-Fesc,
le 13 mars 2026
Ainsi Jean, voici venu le moment de se dire "Au revoir".
Et pourtant, il y a un peu plus de 3 semaines j’étais venu te rendre visite à l’Ehpad "Belle Visite" ici à Saint Gély.
Je t’avais prévenu par SMS, mais comme tu étais sourd comme un pot, tu ne consultais plus ton téléphone. Je me souviendrai donc pendant longtemps de ton regard incrédule lorsque j’ai poussé la porte de ta chambre. Puis, me voyant, un sourire est apparu sur tes lèvres et tout de suite j’ai compris que tu m’avais reconnu. Tu étais assis dans ton fauteuil, regardant les exploits de nos athlètes de biathlon en train de commencer leur moisson de médailles aux Jeux Olympiques d’hiver. Cela te rappelait sûrement l’époque, pas si lointaine encore, où comme vétéran de la course à pied tu glanais toi aussi encore des trophées.
Je pourrais rappeler ton parcours militaire en énumérant tes affectations et les responsabilités qui t’ont été confiées. Mais cela risquerait d’être un peu monotone et sûrement incomplet. Alors je vais plutôt évoquer les souvenirs que tu m’as permis de partager avec toi.
Cela a commencé vers la fin du mois de septembre 1960. Nous venions de réussir le concours d’entrée à Saint-Cyr, et étant affectés tous les deux à la 1re section de la 12e compagnie, nous nous sommes retrouvés dans la même chambrée de l’îlot T. En train de nous acharner sur des travaux de couture, nous utilisions, sans le savoir encore, la "méthode de la découverte" mais sans moniteur pour nous guider. Le but était de fixer notre numéro matricule sur tous les effets du paquetage que nous venions de percevoir (et Dieu sait qu’ils étaient nombreux ! ).
C’est ainsi que j’ai commencé à découvrir ta droiture et ce tempérament discret, calme, réfléchi, constamment prêt à rendre service qui t’a toujours caractérisé.
J’ai découvert aussi que, un peu philosophe, tu aimais la lecture et n’étais pas insensible à la poésie. C’est toi qui à cette époque, m’a fait
apprécier une jeune chanteuse encore peu connue, Anne Sylvestre. J’ai encore le disque que j’avais alors acheté et il m’arrive assez souvent de fredonner ses chansons, en particulier celle où elle glorifie les troubadours et les bâtisseurs de cathédrales, ces créateurs de beauté.
En venant te voir à Saint Gély, j’avais amené mon ordinateur et nous avons pu regarder ensemble, avec un brin de nostalgie, les photos des deux années passées à Coëtquidan.
Ainsi au fil des images, nous avons croisé Jean-Pierre Sarrazin et Michel Alladaye déguisés en boxeurs lors d’une nuit de bahutage où nous devions reconstituer l’ambiance de la Foire du trône. Puis ce fut Jean-Paul Lopez et Rémy Picq nos recordmen en tenues de campagne, Hubert Mallet notre Major et Georges Noyelle le benjamin de la section. Plus loin voici Michel Mottet et son sourire éclatant aux cotés de Jean Bourgeois à l’occasion d’une pause lors de notre raid des 50 kilomètres. Et voici Jean-Marie Gallot à l’Académie Militaire de Sandhurst lorsque nous avions fait l’exercice Madelon avec nos homologues anglais. Nous avons encore croisé Abdoulaye M’Baye réfugié derrière son air bourru puis Jean-Pierre Jacob toujours élégant, calme et réfléchi, comme toi.
Ne sachant pas encore que tu allais si vite les rejoindre, tu les as tous reconnus en les citant par leur nom.
L’album s’est refermé sur le Triomphe de la Vercors qui marquait la fin de notre formation d’élève-officier.
Tu as choisi de servir dans l’infanterie et tu as rejoint le 4e bataillon de chasseurs encore en Algérie dans la région de Blida. Ta carrière a
ensuite été partagée entre différents séjours en unités, en école, en organismes spécialisés, te faisant alterner entre le Nord-Est, l’Allemagne, l’Île de France et le Sud-Est.
Ce n’est que 30 ans après notre sortie de Coët que nos chemins se sont recroisés. Tu étais alors directeur du Service national à Marseille.
Et puis est venu le temps de la retraite et, malgré l’usure des ans qui s’accumulent, encore prêt à rendre service. Tu as accepté de devenir le Référent de notre section, afin de resserrer, tâche bien délicate, les liens entre nous tous qui étions dispersés aux quatre coins de la France.
Il nous reste maintenant à nous recueillir aux cotés de Rosine et de ta famille, et avec tous les camarades de la promotion Vercors à te dire "Merci", "Merci Jean".
Jean-Pierre MASSON,
Référent de la 3/1 de la promotion Vercors